Jörg Müller, Jongleur


Né en Bavière en 1970, Jörg müller obtient son diplôme en Arts du Cirque au CNAC en 1994 (avec les félicitations du jury) d'ou il sort avec «mobile». Depuis il a crée «c/o» et «noustube» - (travail dans un verre d'eau qui messure 3 mètre de haut); «PRE #1» et «PRE #2.2» avec Jess Curtis (performance entre cirque, danse et science) et il vient de créé «Sarabande» avec Noémi Boutin (les suites de Bach et jonglerie).

Depuis 2006 il est praticien en Méthode Feldenkrais.

Il collabore (en cirque, danse, theatre, musique, performance) entre autres avec Pierre Doussaint, Mads Rosenbeck, Thierry André, Jérôme Thomas, Le Cirque Plume, Philippe Goudard, Francois Cervantes, Kitsou Dubois, Francois Verret, Jacques Rebotier, Philippe Découflé, Odile Duboc, Valerie Lamielle, Yoann Bourgeois, Martin Schwietzke/Les Apostrophés, Gulko/Cahin-Caha, Jeanne Mordoje, Nikolaus Holz/Christian Lucas, Roland Auzet, Julie Nioche, Mark Tompkins, Pedro Pauwels, Cie Anomalie, Akosh Szelevényi, Haim Adri/Sisyphe Heureux, Chiharu Mamiya, François Merville, Jess Curtis, Ondrej Adamek, Noemie Boutin, Peter Corser, Jean-Paul Autin, Steven Cohen, Karim Sebbar, Cendrine Gallezot, Keith Hennessy, Camille Boitel, Jean-Benoît Mollet, Hyacinthe Reich, Vincent Peter, Didier Manuel, Jean-Emmanuel Belot, Noemie Lambert, Samuel Dutertre, Sky De Sela et Sabrina Marlier.




CV complet.pdf

_________________________________________________________



Programme de la "voix est libre" avril 2014 par Blaise Merlin


Le jonglage aux allures de manège planètaire de Jörg Müller d’emblée fascine et hypnotise : fluidité des cercles tracés par des tubes suspendus à 6 mètres du sol, dont la rencontre mime, par un son tellurique, l'inquiétude et la beauté de quelque choc cosmique. Un système apparemment parfait mais infiniment fragile, dont la partition à la fois visuelle et sonore convoque l'univers entier : gravitation, rotation, équilibres instables, collisions fertiles... Avec ce dispositif révolutionnaire, Jörg Müller a posé l'un des actes fondateurs du "cirque actuel", qui concilie la pure performance physique avec le théâtre, la danse et l'art contemporain.



-----


« Freaky Jörg »         par Jean−Michel Guy, Décembre 2001

c/o, pour « care of » (aux bons soins de), est le titre de la dernière pièce de Jörg Müller, dont la musique, jouée en direct, a été composée par Vincent Peter. c/o : c'est haut, c'est slash eau, et même splash plein d'eau, oh que d'eau sous l'essai, dans le tube à essais, l'éprouvette géante de Jörg Müller. On dirait une colonne Morris transparente, même calibre, même hauteur, mais au lieu d'être à l'affiche l'artiste est au dedans, en chair et en os, en branchies plutôt, tout ouïes, trempé jusqu'aux arêtes. Drôle de poiscaille que Jörg en chemise et pantalon, qui se contorsionne et fait des bulles, à vous troubler la vue − et l'entendement − à travers mille épaisseurs, de lunettes, de liquide, de plexiglas et d'illusions. Un embryon décongelé? Un Skywalker en cure de désinfection, comme dans La guerre des étoiles? Votre clone au réveil (comme dans In vitro d'Archaos) ? C'est l'histoire d'un mec qui s'est fait entuber : séduit, happé, embobiné par l'ivresse des profondeurs, comment se serait−il enquis de la largeur du truc ? Tu parles d'un voyage dans le temps intra−utérin, aux sources du bonheur perdu, « aux bons soins » ! C'est une cage ce ventre, que dis−je une cage : une fillette de Louis XI, un lit de Procuste, une élucubration de Torquemada!

On lui avait dit : viens donc voir en apesanteur si j'y suis. Chiche, avait−il fait, et de se retrouver aussi sec − façon de parler, car il fallait d'abord travailler l'apnée en piscine − à Baïkonour, porte kazakh des étoiles, embarquement immédiat à bord d'un gros avion bourré d'instruments de mesure, et sans doute, déjà, de tubes à essai. En vol, parabolique le vol, à un moment la gravité s'envole. Fini le poids, vive la masse, on se sent tout léger léger, poisson volant, oiseau en nage, plutôt du genre albatros tout de même, ou autruche, un peu empêtré dans ses ailes. Ca ne dure que quinze secondes, mais on caserait des vies entières dans une seule de ces secondes là. Un temps fou.

On lui avait dit, riant sous cape, au moment où la gravité s'envole : toi le jongleur, toi qui défies le Ciel à longueur de temps, ben vas−y, qu'est−ce que t'attends, Don Juan, jongle ! Trauma.

Depuis, il ne s'appartient plus. On n'a pas trouvé mieux pour le contenir que cette camisole de plexi, c'est bien, ça l'empêche de jongler, ça le berce, ça le calme. Soyez sans crainte, il ne vous entend pas plus que vous ne pouvez le comprendre. Et pour ce qui est de voir, s'il vous regarde, c'est comme phénomènes de foire.


-----


« Terres de cirque 1 à La Villette / ground zero » par Jean−Michel Guy, arts de la piste, avril 2002

« Et pour finir, Jörg Müller qui poursuit son investigation sur les tubes*, en passant avec c/o au grand format. On dirait une colonne Morris transparente, même calibre, même hauteur, mais au lieu d’être à l’affiche l’artiste est au dedans, en chair et en os, en branchies plutôt, tout ouïes, trempé jusqu’aux arêtes, à nous observer, comme phénomène de foire. »
(…)
« Au lieu du cirque, des formes totalement hybrides pour ne pas dire inclassables (c/o tient de la danse, du jonglage et de la performance plastique). »

* Au CNAC, Jörg jonglait déjà avec des tubes en fibre de verre. Avec ses tubes métalliques suspendus, il a inventé une nouvelle forme du jonglage que Jérôme Thomas, qualifie de « conique ». Le tube c/o est à l’évidence à « essai » : Jörg pousse le jonglage jusqu’à ses extrémités. Tubophile, il est aussi un immense jongleur.


-----


arts de la piste n°15, janvier 2000
« le mouvement perpétuel du silence », par Marc Moreigne

Jörg Müller nous fait pénétrer dans un univers étrange fait de rythmes, de vibrations, d’ondulations, de sons inconnus, de bruissements invisibles et surtout de silence. Un silence en perpétuel mouvement, un silence où le corps dessine des figures énigmatiques, où les objets (rhombes, tubes et bâtons de toutes tailles reliés ou non les uns aux autres) composent des sculptures fugaces, aériennes et éphémères qui disparaissent pour réapparaître aussitôt, ailleurs, dans un autre coin du plateau, avec une nouvelle configuration, un nouveau rythme de déplacement dans les airs, dans un dialogue continu et sans cesse changeant avec leur manipulateur, virevoltant et attentif, précis et tendu. Ce qui se joue en effet entre Jörg et ses objets qui l’entourent, l’encerclent, le frôlent, vrombissent au−dessus de sa tête ou s’immobilisent à ses pieds après un dernier frémissement, c’est une véritable danse, joute amoureuse et combat muet et singulier de l’animé contre l’inanimé à l’issue incertaine, et où l’art de l’esquive et de l’effacement le dispute sans cesse à la maîtrise et à la domination. (…)

 

home   créations   bio   agenda   projets   contact   liens

« bio »   

© Catherine Noury 1994

© Jörg Müller 2008

© Sven Hagolani 2014